Les 8 commandements pour percer dans le stand-up
Le stand-up est désormais la forme d’humour dominante. Ce qui n’est pas étonnant puisque c’est aussi la forme qui permet le moins de subversion ou de transgression.
C’est devenu une sorte de répétition constante, un “bruit de fond” qui, contrairement à l’humour plus traditionnel et artistique, renforce le conformisme plutôt que de le questionner.
Le concept “d’hégémonie culturelle” du penseur marxiste Antonio Gramsci me semble à propos, à travers celui-ci il expliquait que les classes dirigeantes ne maintiennent pas leur pouvoir uniquement par la coercition, mais aussi et surtout par le contrôle des idées et des valeurs dans la société. Cette hégémonie culturelle permet à l’idéologie dominante de s’infiltrer partout, jusqu’à devenir naturelles pour une partie de la population.
Dans ce cadre, le stand-up, en tant qu’humour réactif et aligné avec l’actualité, devient un véhicule idéal pour cette hégémonie, car il est capable de renouveler sans cesse les mêmes narratifs, sous un format léger et divertissant, mais sans remettre fondamentalement en cause les cadres de pensée qui les génèrent et les sous-tendent.
Par le passé, les spectacles d’humour étaient de véritables œuvres d’art. Ils pouvaient être réellement transgressifs, car ils ne cherchaient pas à coller aux codes de l’instant, ni à plaire à l’idéologie du moment. Ils existaient en tant qu’entités indépendantes.
Le stand-up, lui, par sa nature est devenu un outil de contrôle idéologique dit “souple”. Un dispositif de formatage mental qui s’actualise en permanence pour coller aux dogmes en vigueur et les faire vivre. Chaque soir, un humoriste se lève, non pas pour questionner la réalité, mais pour lui donner la forme que l’on attend de lui. Il ne s’agit plus d’art, mais de censure. D’une forme de militantisme obligatoire, où rire devient un acte de validation et non une libération.
L’humoriste lui-même n’est pas à blâmer. Monter sur scène demande du courage, une immense discipline et un sens du rythme inégalé. Peu importe le talent de l’artiste, c’est le cadre dans lequel il évolue qui est toxique.
Beaucoup ne réalisent même pas qu’ils sont devenus les pions d’un système plus vaste, façonné par une idéologie dominante qui pense à leur place.
Ma critique ne vise donc ni les individus, ni leur talent, mais le moule qui les enferme et les programme. C’est la mère qu’il faut juger, pas les bébés qu’elle accouche. Et cette mère, c’est la République, dans ce qu’elle a de plus dévoyé et perverti. Alors voyons comment mettre toutes les cartes de son côté pour réussir dans ce milieu !
1. La posture victimaire
Si vous avez la chance d’être issu de la “mixité culturelle” ou d’avoir des origines immigrées, félicitations ! Vous avez déjà franchi la première étape pour réussir dans le stand-up contemporain. Votre origine devient un bouclier, une arme, et surtout, le point central de votre humour. Mais attention, vous devez toujours vous positionner comme une victime persécutée. Le public ne vous considère pas comme un humoriste, mais comme un survivant héroïque d’une société foncièrement raciste. Mettez bien cela en avant. Incarnez ce soldat. Vous montez sur scène pour faire rire, mais vous le faites surtout pour dénoncer l’oppression qui pèse sur vos épaules et sur celles de ceux qui combattent à vos côtés.
Tout le monde n’a pas cette chance. Alors que faire si vous êtes dans la pire des configuration, à savoir une personne blanche, hétérosexuelle, cisgenre ? La réponse est simple : repentez-vous ou revendiquez vous d’une minorité. Dans les deux cas, il s’agit de montrer patte blanche et de prêter allégeance au système.
Si vous êtes un homme ou une femme blanche sans différence culturelle ou ethnique évidente à mettre en avant dès le début de votre spectacle, il va falloir redoubler d’ingéniosité ou avoir du talent et ne pas avoir peur de l’ostracisme et de la marginalisation. Cette dernière est l’option dite “kamikaze”, car vous ferez rapidement les gros titres des médias poubelles, qui vous affubleront de terme comme “l’humoriste d’extreme-droite”, “un néo-nazi sur scène”, “le triste spectacle offert sur la scène du théâtre du pic-vert”, “un humoriste choque la toile, ce qu’il a dit va vous heurter” …
Gardez en mémoire que la carte de la diversité est essentielle. Pas la singularité inhérente à chaque être humain, non, la diversité telle que la doxa la conçoit, celle qui est visible ou qu’on choisit de rendre visible. Choisissez ce que vous voulez, mais il faut que vous soyez facilement identifiable comme un oppressé, engagé dans une forme de militantisme (au pire choisissez parmi la myriade “phobie”).
Désormais, le choix est large, vous pouvez même vous déclarer neuroatypique (l’autisme ou le TDAH par exemple, s’ils n’ont pas vraiment le vent en poupe, ça peut quand même fonctionner), ou mieux encore, vous identifier à une minorité sexuelle. Comme les paris sportifs, vous pouvez les combiner pour augmenter votre côte de popularité.
L’essentiel est de créer une différence, une marginalité quelconque qui justifiera votre présence sur scène. Le simple fait d’être une femme fonctionne de moins en moins et vous devrez sans doute combiner avec autre chose (ou vous faire accepter par d’autres moyens, comme l’adaptation de votre langage par exemple, nous y reviendrons plus tard).
2. Le Public, ce facho
Le public est blanc, stupide et bien sûr, raciste. Il est impératif de leur rappeler constamment qu’ils sont le produit d’une culture arriérée. Vous, au contraire, êtes le porte-flambeau de la tolérance, de l’humanisme et du progrès. Cette dialectique entre une personne éclairée que vous représentez et un public primitif est essentielle à votre succès.
Les spectateurs qui remplissent les salles de stand-up ne viennent pas pour être surpris ou bousculés. Ils viennent pour être confortés dans leurs opinions, leur vision du monde, et partager une expérience collective qui leur est familière. Ils ont sans doute déjà vu vos vidéos sur les réseaux (d’ailleurs n’hésitez pas à épingler votre vidéo phare “je met un raciste en PLS”), ils savent à quoi s’attendre. Le stand-up n’est pas un espace de confrontation des idées, mais un cocon confortable où tout le monde partage les mêmes certitudes, entre gens biens.
Cependant, il est primordial de faire semblant que ce public est composé de l’ennemi à abattre : des blancs, racistes, privilégiés et ignorants. Il faut s’adresser à eux comme s’ils faisaient partie de cette France passée et fermée d’esprit, une France qui vous empêche d’exister pleinement, vous, le comédien et citoyen « opprimé ».
Pourquoi ? Parce que ce rôle de victime donne à chacun (comédien comme spectateur) un sentiment de résilience, même s’il n’y a rien à braver et aucune menace réelle à affronter. Il faut entretenir cette illusion confortable de résistance, cette posture de combattant face à un système qui chercherait à vous faire taire.
N’hésitez pas à identifier dans la salle une cible idéale, typiquement quelqu’un de blanc, d’âge moyen ou avancé, qui a l’air aisé, “riche” (n’allez pas trop loin, juste quelqu’un qui porte une chemise fera l’affaire). Vous pouvez aisément l’interpeller et le stigmatiser sous les projecteurs. Faites-lui savoir que, de par son apparence, il est forcément raciste (demandez-lui s’il est venu à cheval ou en calèche, sinon vous pouvez même parler à sa place). N’hésitez pas à suggérer qu’il est né avec une cuillère en argent dans la bouche et que sa richesse est le fruit de l’exploitation et de son privilège. Ce procédé est d’autant plus efficace qu’il joue sur des stéréotypes simplistes, et le public, déjà en phase avec vos idées, rira de bon cœur.
Même si ce vieil homme n’a absolument rien à voir avec vos accusations, l’important est de jouer le jeu.
Lorsque vous interagissez avec votre public, feignez l’incompréhension. Transformez celui qui répond en cible comique. Reformulez, posez des questions naïves, poussez-le dans ses retranchements. Le but ? Le ridiculiser subtilement, faire en sorte que l’audience rie à ses dépens, qu’il passe pour l’idiot du moment.
Mais attention ! Après avoir ridiculisé ce pauvre spectateur, n’oubliez jamais de vous prémunir contre toute attaque potentielle. À la fin de votre sketch, ou au moment de saluer, rappelez gentiment que tout ça n’est que de l’humour et que tout a été fait dans la bienveillance et l’amour. Cette partie est importante et renforce votre posture d’apôtre de l’humanisme et de la tolérance.
3. Insultez votre public
Dans ce qu’on appelle la culture du “clash”, l’insulte est érigée au rang d’art oratoire, à deux doigts d’être accompagné par un orchestre philharmonique, “N*que sa mère, wallah fils de p*te, t’es gros et tu pues, sur la vie d’ma mère, il est moche en plus” sur fond de violoncelle et de flûte traversière, une idée qui peut très rapidement vous faire passer sur France Inter.
Plus c’est vulgaire, mieux c’est. Vous devez surpasser tous les autres en matière de grossièreté. Vous pouvez y aller sur les “fils de p*te”, “n*que sa mère”, “j’t’e*cule”, “sur la vie d’ma mère” … N’ayez crainte, plus vous serez ordurier, plus vous récolterez de rires, c’est presque mathématique.
C’est un point assez central, alors si votre sketch n’en contient pas, ajoutez-en. Saupoudrez.
Si vous avez naturellement un vocabulaire marqué par la culture “cités”, le langage de rue, gardez-le, voire accentuez-le. Il faut que chaque phrase transpire ce mélange de négligence et d’agressivité passive. Si des expressions comme “Wesh”, “Wallah” ou “Sur la tête de ma mère” sont dans votre répertoire, servez-les sans retenue.
Elles ne sont pas seulement acceptées, elles sont attendues, car elles ancrent votre sketch dans cette authenticité que la nouvelle scène humoristique exige. C’est une marque d’appartenance.
Mais si malheureusement ce n’est pas votre style naturel, si vous avez une tendance malheureuse à bien parler, à structurer vos phrases, à maîtriser la syntaxe française, à utiliser beaucoup de vocabulaire, il est impératif de corriger cela.
Bien parler, c’est déjà suspect. C’est être élitiste et vous risquez de faire sentir à votre public que vous vous placez au-dessus de lui, que vous jouez sur un terrain intellectuel supérieur, et ça, c’est facho. Dire “Bonjour” c’est presque agir comme un marquis sous Louis XIV.
Vous avez alors deux options :
- Option 1 : intégrez un lexique “de rue” à votre discours. Vous pouvez utiliser des expressions issues de la culture de cité, mais attention à le faire avec naturel. Par exemple, des termes comme “frères” (ou la variante “frérot”), “wesh”, “sur ma vie”, passent très bien et peuvent ponctuer vos phrases si vous arrivez à les intégrer sans que ça paraisse forcé.
Par contre, évitez de vous aventurer trop loin avec des expressions plus marquées comme “wallah” ou “sur le Coran”, car cela peut vite devenir caricatural et maladroit si ce n’est pas dans votre langage habituel. L’objectif est de trouver un équilibre subtil qui montre que vous êtes en phase avec le terrain sans tomber dans l’excès.
- Option 2 : Utiliser la novlangue mondialiste. Ce vocabulaire, utilisé et créé par l’intelligentsia, est truffé de termes à la mode, en lien avec les idéologies dominantes du moment. Par exemple, des mots comme “racisé”, “mascu” ou encore “charge mentale” sont excellents pour montrer que vous êtes du bon côté du discours.
Les deux options semblent être antagonistes, mais en fait elles peuvent se combiner.
Ces termes reflètent un certain engagement et confirment votre allégeance aux nouvelles idéologies en vogue. En utilisant cette novlangue, vous faites passer le message que vous êtes en phase avec les valeurs de tolérance et de lutte contre les oppressions. C’est parfait.
4. Faites fi de la vérité
La vérité n’a aucune importance, seule l’émotion compte.
La réalité est un obstacle. Laissez-la de côté. La vérité, les faits, l’histoire ? Tout cela est dérisoire dans votre quête. Ce qui compte, c’est de raconter des histoires qui collent parfaitement à votre narratif, celui qui vous place en victime, et en apôtre de la bienveillance et de la tolérance.
N’oubliez pas, vous incarnez la lumière dans un monde sombre, et pour maintenir cette illusion, il vous faut inventer des anecdotes qui soutiennent votre vision à 100%.
Ces histoires, bien sûr, n’ont pas besoin d’être vraies. Ce n’est pas un témoignage que vous offrez, mais une fiction taillée sur mesure pour illustrer votre discours.
Ce sont des anecdotes façonnées pour susciter la compassion, l’indignation, et surtout, renforcer votre posture victimaire. Vous avez été persécuté ? Bien sûr ! Vous avez croisé un raciste dans la rue, un policier vous a maltraité sans raison, un vieux voisin blanc vous a insulté en vous disant de “retourner chez vous”.
Directrice d’école, vendeur dans un magasin de bricolage, boucher, contrôleur, poissonnier, peintre, palefrenier, thanatopracteur … Ils peuvent tous être raciste et être le protagoniste d’une anecdote.
Ces récits sont essentiels pour nourrir l’empathie de votre public et le conforter dans sa vision du monde.
Ce qui compte, c’est le message, et non la réalité. Vous devez manipuler les faits, réécrire l’histoire si nécessaire.
Rappelez-vous que vous éclairez le chemin des autres vers un monde plus juste, plus ouvert, plus tolérant. Vos anecdotes doivent refléter cette mission quasi divine qui vous a été confiée.
La fiction morale est devenue la nouvelle vérité, et votre rôle est de la raconter avec conviction.
5. Restez superficiel et très consensuel
Le stand-up moderne n’a pas besoin de profondeur, surtout pas ! L’humour intellectuel est un concept obsolète. Ne vous aventurez jamais dans des sujets complexes. Restez dans la superficialité la plus extrême. Les blagues doivent être faciles, digestes, sans aucune nuance. On ne rit plus pour réfléchir, on rit pour mieux se conforter dans son illusion et pour renforcer son positionnement dans le bon camp.
Évitez aussi les thématiques qui pourraient vous catégoriser comme « complotiste » ou vous placer en dehors du cadre consensuel. Restez dans les débats de comptoir, ceux que vous voyez à la télévision. En fait, confinez vous au label “Vu à la TV” (cantonnez vous à France Télévision par contre). Pour plus de sécurité, adoptez le ton dit “KBL” (Konbini, Brut, Loopsider).
Le racisme ou les différences culturelles, par exemple, sont des terrains sûrs et inépuisables. Concentrez-vous sur ces sujets, en particulier le racisme envers l’islam et les musulmans, et simplifiez tout au maximum. Il est impératif de caricaturer les arguments de ceux qui osent réfléchir à des sujets comme le multiculturalisme ou la place de l’islam dans les sociétés occidentales.
Faites d’eux des archétypes, des gens obtus, arriérés, rustres, indignes du genre humain. Précisez toujours que “chacun fait ce qu’il veut”, c’est important.
6. Extrême droite, facho : Votre cible permanente
La seule véritable méchanceté autorisée dans le stand-up d’aujourd’hui est de tacler ce qu’on appelle “l’extrême droite” ou “ultra droite” (et oui, il faut bien une cible puisque c’est la base de l’humour).
Encore une fois et au risque de me répéter, même si cela n’a aucun rapport avec votre sketch, glissez une pique contre les “fachos”. Cela fera applaudir et rassurera votre public sur le fait qu’il est du bon côté de l’histoire. Vous aurez coché la case “résistant”, sans avoir à lever le petit doigt. La belle affaire encore.
Rappelez vous, vous n’êtes pas seulement un humoriste, vous êtes avant tout un militant. Pas nécessairement un militant politique, mais du vivre ensemble, de la tolérance et de la bienveillance. Pour se faire, vous devrez mentionner l’extrême-droite, c’est un passage quasi obligatoire, surtout en début de carrière.
Si vous décidez d’adopter une position politique plus directe, sachez que vous devez être de gauche, mais pas besoin de plonger dans des distinctions trop précises. Restez dans les clivages généraux : gauche, centre, droite. Même pas nécessairement de gauche d’ailleurs, mais surtout anti “extrême-droite”. Tous les combats en vogue sont vos combats ! Ne cherchez pas. Si vous pouvez sélectionner la cause à défendre sur les applications de rencontre type Bumble, Hinge, Tinder et autres, c’est validé ! C’est un très bon référentiel.
Vous pouvez aussi dire que vous êtes apolitique, c’est la posture hypocrite ultime mais vous n’êtes pas à ça près. Votre discours doit tacler l’extrême droite sans relâche, même si cela semble hors de propos ou forcé il faut que ces piques soient intégrées à votre routine de manière régulière et visible. C’est comme le sport, un peu tous les jours, jusqu’à ce que ça devienne un réflexe, presque pavlovien.
Marine Le Pen, Marion Maréchal, Éric Zemmour, etc. Ce sont des archétypes familiers, que tout le monde connaît et qui offrent une matière facile à travailler. Ne ratez jamais une occasion de les mentionner et de les ridiculiser. Leur simple évocation peut même suffire à générer le rire. Ne vous en privez pas.
L’histoire ne doit pas être une limite pour vous, mais un outil. N’hésitez pas, par exemple, à dire que les immigrés d’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne ont reconstruit la France après la Seconde Guerre mondiale. Même si historiquement c’est faux, peu importe. Ce genre d’inexactitudes est largement répandu et accepté, alors profitez-en. Le monde doit tout à l’Algérie, oui peut-être ! Allez-y. Aucune restriction ici.
Ici, vous pouvez toujours utiliser le public à votre avantage. Si vous voyez quelqu’un qui a une chemise, des bretelles ou une cravate, c’est un excellent prétexte pour le pointer du doigt et faire une remarque sur son potentiel vote pour l’extrême droite (vous pouvez aussi rester sur le même spectateur déjà humilié plus haut).
N’hésitez pas à utiliser des figures historiques pour imager vos propos. Vous pouvez évoquer Hitler et le nazisme, c’est une figure classique qui fonctionne toujours. Ne mentionnez pas Pol Pot, Mao Zedong, Enver Hoxha, Ceausescu… Ces figures sont compliquées, peu connues et peuvent vous catégoriser de manière inconfortable. De même, Mussolini est parfois trop nuancé pour ce type de sketch, alors que Hitler est un choix sûr et universel.
L’essentiel est de rester dans le classique et de vous assurer que chaque attaque contre l’extrême droite soit simple, directe et efficace. Cela ne demande pas de nuances ou de réflexion, juste une récurrence dans votre discours.
De toute façon, le simple fait que quelqu’un ne soit pas d’accord avec vous, c’est déjà un facho. La moindre critique émise à votre égard peut faire l’objet d’une contre accusation de racisme ou de phobie contre ce que vous représentez.
Vous vous en tirerez toujours à bon compte, ne vous inquiétez pas.
Dans ce paragraphe, j’ai martelé les termes liés à “l’extrême-droite” … C’est un bon exemple. Ça n’est jamais trop !
7. Humoriste 2.0
Votre présence sur les réseaux sociaux est indispensable pour votre succès. C’est le Béaba. Que ce soit via des extraits de vos sketchs ou des vidéos spécialement créées, il est crucial de soigner votre image en ligne. Mais attention, il ne suffit pas de poster, il faut captiver et provoquer une réaction immédiate. Le secret ? Des titres bien putaclic, des accroches qui sautent aux yeux et créent le buzz.
Exemples de titres à succès :
- “Je mets un facho en PLS”
- “Je fais face à un public de racistes !”
- “Un spectateur s’incruste sur scène”
- “Bagarre en plein spectacle”
- “Ce raciste ne s’attendait pas à ça !”
- “je ridiculise un mascu en plein spectacle”
Les réseaux sociaux fonctionnent à l’émotion, donc jouez là-dessus. Le putaclic !
8. Le caméléon médiatique
Lorsque vous êtes invité dans des médias traditionnels, sur des plateaux télévisés, ou même sur des émissions diffusées sur les réseaux, il est crucial de changer de costume. Là où sur scène vous pouvez incarner l’humoriste des cités, utilisant un vocabulaire de rue et jouant sur la vulgarité, vous devez, face aux caméras, devenir un tout autre personnage. Exit les obscénités, les vulgarités et le langage trop direct. Ceux qui vous invitent attendent quelque chose de plus raffiné, de plus maîtrisé. Et vous devez leur donner ce qu’ils attendent, à savoir un visage poli, lissé, presque philosophique.
Ça commence dès votre sortie de scène, remerciez toujours le public, dites toujours qu’il a été particulièrement réactif et bienveillant. Ça n’a aucun sens mais il faut toujours avoir le bon mot pour caractériser le public qui vous a fait face.
Votre discours doit être travaillé. Glissez des références à des concepts un peu flous mais impressionnants, le vivre-ensemble, l’humanisme, la tolérance universelle. Vous devez adopter une posture presque solennelle.
Pendant ces apparitions, il est impératif de surjouer votre conscience politique et sociale. Déplorez la montée des extrêmes, toujours ! Même hors période électorale. Même chez 30 millions d’amis. Toujours !
Vous devez montrer que vous défendez la démocratie, les opprimés, les minorités, bref, tous les poncifs habituels.
C’est un exercice schizophrénique, mais indispensable pour survivre dans le paysage médiatique. Les élites, bien que parfaitement conscientes du jeu, attendent cette dichotomie. Ils s’accommodent de votre brutalité scénique tant que, devant eux, vous endossez le rôle de l’intellectuel tolérant, ouvert, qui a des solutions simplistes à des problèmes complexes. Il faut que l’auditeur se dise “il a tellement raison”.
C’est dans cette capacité à vous dédoubler que réside votre vraie force. Vous êtes Jarod le caméléon ! N’hésitez pas à lâcher des phrases du type :
- “Dans un monde toujours plus divisé, je pense que les gens ont besoin de rire ensemble”
- “Il y a de tout dans mon public, c’est une mosaïque multiculturelle”
- “Je pense que l’humour est un formidable moyen de rassembler les gens peu importe leurs origines”
- “L’important c’est de créer du lien”
- “Je pense qu’on a besoin de voir la vie avec plus de légèreté”
Par contre, ne vous faites pas d’idées, eux vous méprisent et vous ne les faites pas rire. Vous servez juste leurs intérêts et leur permettez à leur tour de se positionner dans le bon camp, c’est tout. C’est un jeu profitable pour tous, qui permet de faire perdurer le système. C’est un jeu de dupes où tout le monde tire son épingle …